Green IT : comment réduire l’impact écologique du numérique ?

Yohan
2026-05-22

Aujourd’hui, l’écologie s’impose comme une problématique majeure à l’échelle mondiale et sociétale, prenant une place croissante dans les débats liés au numérique, en particulier depuis le retour de fortes tensions sur les ressources énergétiques à l’échelle internationale.

On estime en effet que l’empreinte carbone liée aux activités numériques représente environ 4% du total des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Par ailleurs, en France, on dénombre au total plus de 800 millions d’équipements numériques1 et dont l’utilisation représente environ 11%2 de la consommation énergétique.

Ces problématiques s’intègrent dans le cadre du Green IT (ou Green ICT, Eco-TIC, Green IT 2.0, etc.). Cette dénomination est définie comme l’ensemble des technologies de l’information et de la communication dont l’empreinte économique, écologique, sociale et sociétale a été volontairement réduite et / ou qui aident les sociétés humaines à atteindre les objectifs du développement durable.

Mais concrètement, comment intégrer les problématiques de l’environnement et une démarche Green IT dans notre travail, que ce soit vis-à-vis de notre utilisation des équipements numériques, de la conception et l’organisation de nos projets ou de leur réalisation ?

Impact dans nos usages

On estime qu’actuellement la moitié de notre empreinte carbone du numérique est liée à la fabrication de nos équipements informatiques3.

Une étude de 20244 a ainsi mesuré que l’utilisation des outils numérique en entreprise (de la fabrication jusqu’à la fin de vie) représente près de la moitié du budget individuel d’émissions de gaz à effet de serre qu’il faudrait afin de rester dans les limites planétaires soutenables.

En effet, on ne prête pas forcément attention aux outils numériques hardwares qu’on utilise quotidiennement mais ceux-ci sont nombreux :

  • Ordinateurs fixes ou portables, smartphones, écrans...
  • Imprimantes (et les consommables qui vont avec)
  • Réseau local ou étendu
  • Cloud et data centers
  • Autres équipements comme baies de stockage et équipements réseau

Concrètement l’empreinte numérique d’un utilisateur dans le cadre de sa mission en entreprise représente sur une année :

  • Une consommation de ressources fossiles équivalente à plus de 6000 heures de fonctionnement d'un radiateur de 1000 W
  • Une consommation en ressources et minéraux correspondant à 34 tonnes de terre excavée
  • Une émission de gaz à effet de serre équivalente à plus de 1000 km en voiture thermique

Il convient aussi de préciser que l’étude en question, étant donné sa période d’analyse, ne prend que peu en compte l’utilisation de plus en plus massive de l’IA en entreprise qui a également un impact sur la consommation d’énergie.

Enfin, cette même étude présente également plusieurs actions permettant de limiter cette empreinte comme la limitation du nombre d’équipements par utilisateur et l’allongement de leur durée de vie. Elle met également en avant la mise en place d’une démarche d’écoconception de manière globale et au plus tôt dans la durée de vie des projets et notamment des projets d’application web.

Impact d'une application web

En effet, le poids moyen d’une page web a été multiplié par près de 200 depuis 30 ans5 et cela n’est évidemment pas sans impact sur l’environnement. Cela s’explique notamment par :

  • Des pages plus lourdes
  • Des mises en forme plus variées avec davantage de styles, des transitions, des carrousels...
  • Du contenu multimédia plus gourmand (images, vidéos, gifs...)
  • Davantage de fonctionnalités grâce à des outils et frameworks plus performants mais aussi plus gourmands

Alors que faire ? Revenir à des pages web plus frugales ? Peut-être, mais on peut aussi essayer de limiter l’empreinte carbone d’une application dès la phase de conception.

Et bonne nouvelle, les divers acteurs de Green IT ne nous imposent pas de faire parler notre nostalgie des premières pages web mais nous proposent plutôt plusieurs recommandations. Et deuxième bonne nouvelle, la plupart émanent du bon sens, comme :

  • Supprimer les fonctionnalités non utilisées ou non essentielles
  • Quantifier précisément les besoins exprimés : par exemple en proposant de limiter par défaut le nombre d'items affichés dans une liste ou dans un tableau
  • Optimiser les parcours utilisateur pour limiter les retours arrière
  • Mettre en place un sitemap clair

Par ailleurs, la conception technique peut permettre de rendre l’application plus optimale en termes de consommation de ressources. Le fait, par exemple, de s’appuyer sur des plateformes cloud spécialisées et donc en général scalables, efficientes et mutualisées va dans ce sens. Par exemple, stocker ses données sur le cloud et bénéficier d’une architecture élastique (qui s’adapte à la charge) permet d’éviter de la surconsommation inutile.  

Enfin, la mise en place de circuit breaker permet d’éviter les appels inutiles en définissant une politique de gestion des erreurs. Par exemple en évitant d’appeler en continu un service qui ne répond pas et en passant en mode dégradé jusqu’à ce que le service soit à nouveau disponible.

Ces diverses mesures doivent ainsi permettre de minimiser l’impact d’une application dès sa phase de conception et certains choix de développement vont également dans ce sens.

Impact du code

Si le choix du langage de programmation peut paraître anecdotique quant à l’impact environnemental, il faut être conscient que certains langages ont une consommation énergétique beaucoup plus importante que d’autres. C’est notamment le cas de Python, avec une consommation près de 80 fois supérieure à la consommation du langage C6. De façon générale, un langage bas niveau consomme beaucoup moins qu’un langage haut niveau.  

Une fois le langage choisi, des bonnes pratiques de code sont également à mettre en place pour limiter la consommation énergétique.

Côté front-end, plusieurs bonnes pratiques permettent de gagner en efficience, comme par exemple :

  • L'utilisation d'images vectorisées ou jpeg et compressées dont la taille est adaptée au besoin
  • L'utilisation des polices standards
  • La réduction de l'accès au DOM7 et sa profondeur
  • La minimisation du nombres d'iframes

Et de manière similaire côté back-end, avec notamment :

  • L'optimisation des requêtes en bases de données : l'utilisation de la pagination et la mise en place d'index par exemple
  • Une gestion des logs approprié
  • L'utilisation des bibliothèques standards en général mieux optimisées que les re-implémentations internes
  • La limitation de la complexité cyclomatique notamment au niveau des boucles

Outils pratiques

Évaluer son application

Enfin, une fois l’application optimisée et mise en ligne, il reste intéressant de mesurer son impact environnemental et de suivre son évolution dans le temps.

Pour cela, plusieurs outils existent comme EcoIndex et EcoGrader. Ces derniers sont simples d’utilisation puisqu’il suffit de fournir l’URL de l’application pour obtenir un rapport détaillé.

Accompagnement pendant la durée du projet

D’autres outils peuvent également être utilisés afin d’être accompagné dans une démarche Green IT tout en se révélant également utiles pour mesurer ou améliorer les performances de manière générale :

  • Unused-css qui permet de lister les déclarations CSS non utilisées,
  • EasyVirt DCSCOPE et les Java Profiler qui permettent de mesurer les lignes de codessur lesquelles le processeur passe le plus de temps,
  • NetBeans profiler qui mesure la consommation énergétique des applications java,
  • Les solutions CDN (réseau de distribution de contenu) qui permettent de garder en cache les données...

Du reste, ces outils peuvent permettre la mise en place d’indicateurs “green” ainsi que leur suivi dans la durée. Ils peuvent servir de référentiel d’une démarche Green IT et permettent de s’inscrire dans une approche plus générale au sein de l’organisation même des équipes.

QUID de l'organisation ?

De la même manière que l’approche DevOps a permis de livrer des applications plus rapidement et avec moins d’erreur, il semble aujourd’hui qu’une démarche similaire soit nécessaire pour la mise en place du Green IT au sein des projets. C’est cette idée qui se cache derrière le terme GreenOps et qui recouvre :

  • La diminution de l'impact environnemental des ressources IT ;
  • La rationalisation de l'utilisation des ressources Cloud (parfous aussi recouvert derrière le terme FinOps) ;
  • La collaboration entre l'IT et les équipes RSE ;
  • D'influer une démarche GreenIT aux fournisseurs et clients.

Et de la même manière qu’une démarche DevOps a conduit à des nouveaux rôles, il semble être de même pour le GreenOps. La nomination de personnes référentes8 en la matière au sein des équipes projet peut ainsi être un levier efficace afin précisément de garantir l’usage des bonnes pratiques en matière d’éco-conception.

Ces référents peuvent aussi avoir pour missions :

  • Éduquer et sensibiliser l'ensemble des acteurs au Green IT : développeurs, designers, PO... ;
  • Mettre en place une démarche GreenOps au sein des projets ;
  • Gérer les infrastructures Cloud ;
  • Favoriser les solutions d'hébergement éco-efficientes ;
  • Choisir des fournisseurs d'énergie renouvelable.

À la jonction entre expertise technique, stratégie globale et démarche RSE, ces référents portent une responsabilité centrale pour répondre aux enjeux d'aujourd'hui et de demain.

Conclusion

Comme nous l’avons vu, la démarche Green IT peut être intégrée dans nos usages quotidiens au bureau vis-à-vis du matériel fourni et de son utilisation, mais également au sein de nos équipes et dans nos projets d’applications web.

Vous pouvez retrouver les bonnes pratiques à adopter sur le site du collectif Green IT et qui ont servi de base pour cet article.

Enfin, une réflexion plus large peut être engagée sur les nouvelles dynamiques du numérique, en particulier autour de l’IA, dont l’empreinte environnementale constitue un enjeu émergent qui fera l’objet d’un article dédié.

Et vous ? Vous avez déjà mis en place une démarche Green IT dans votre entreprise ou au sein de vos projets ? Est-ce un sujet sur lequel vous êtes sensible ?

Si vous souhaitez échanger sur ce sujet et sur comment améliorer l’impact de vos projets, nous serons ravis d’en discuter avec vous !

Sources :

1 Comprendre l'empreinte énergétique et environnementale du numérique - numérique : article de l’Université de Montpellier pour comprendre l’empreinte énergétique et environnementale du numérique

2 https://infos.ademe.fr/magazine-janvier-2025/numerique-quel-impact-environnemental-en-2022/ : plaquettes de l’ADEME sur les impacts du numérique

3 https://communication-responsable.ademe.fr/numerique-responsable/impact-numerique : Article de l’ADEME sur les impacts du numérique

4 https://www.greenit.fr/2025/10/03/numerique-au-bureau-quelle-evolution-depuis-10-ans/ : Étude du collectif GreenIT

5 Le poids d'une page web multiplié par 180 en 30 ans, #obésiciel | Pwablo - Studio numérique responsable : Article de blog sur l’évolution du poids des pages web

6 https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0167642321000022 : Etude comparant la consommation d’un panel de langages de programmation

7 Le Document Object Model (DOM) est une interface de programmation pour les documents HTML notamment. Il fournit une représentation structurée de la page web sous forme d'un arbre et définit la façon dont la structure peut être manipulée par les programmes, en termes de style et de contenu.

8 www.journaldunet.com/solutions/dsi/1526167-qui-sont-les-green-hats-ambassadeurs-d-un-numerique-plus-responsable/ : Article de blog pour définir des ambassadeurs du GreenIT au sein des organisations

Partager l’article
No items found.
Yohan
2026-05-22

Articles récents à découvrir

Explorez nos derniers articles sur les sujets qui vous passionnent.